ATAD III
L'ATAD III (Anti-Tax Avoidance Directive III), officiellement désignée « directive Unshell », constitue un cadre législatif de l'Union européenne adopté en décembre 2021 et effectif depuis janvier 2024 qui vise l'utilisation abusive d'entités coquilles à des fins d'évasion fiscale en introduisant des exigences de substance et des obligations déclaratives pour les entités dépourvues d'activité économique réelle. La directive impose aux entreprises remplissant certains critères d'entrée — dont plus de 75 % de revenus provenant de revenus passifs, une activité ou des actifs transfrontaliers, et une administration externalisée — de démontrer une substance minimale à travers des indicateurs tels que des locaux propres, des comptes bancaires actifs dans l'UE, et au moins un administrateur dédié disposant d'une expertise pertinente et résidant à proximité de l'entité. Les family offices opérant par le biais de structures holding européennes, de véhicules ad hoc ou d'entités d'investissement passif déclenchent fréquemment ces tests d'entrée et doivent désormais justifier leur réalité opérationnelle sous peine de conséquences fiscales défavorables, notamment des pénalités sous forme de retenues à la source et le refus de bénéfices conventionnels.
Pour les single-family offices structurés comme sociétés holding ou plateformes d'investissement dans plusieurs juridictions de l'UE, l'ATAD III crée des charges de conformité significatives et d'éventuels impératifs de restructuration. De nombreux family offices s'appuyaient traditionnellement sur des structures administratives légères dans des juridictions favorables comme le Luxembourg, les Pays-Bas ou l'Irlande, souvent avec des administrateurs prête-noms et des services de gestion externalisés. Sous l'ATAD III, de tels arrangements peuvent désormais être caractérisés comme manquant de substance, obligeant les familles soit à renforcer leur présence opérationnelle — en recrutant du personnel local, en établissant des bureaux physiques ou en relocalisant les fonctions décisionnelles — soit à accepter que certaines entités soient considérées comme des sociétés « coquilles » soumises à l'échange automatique d'informations avec d'autres États membres et à la possible non-reconnaissance d'avantages fiscaux. Les indicateurs de substance de la directive sont évalués par le biais d'une déclaration annuelle obligatoire, les administrations fiscales étant habilitées à réfuter toute présomption d'adéquation.
Les implications pratiques s'étendent au-delà de la conformité immédiate vers l'architecture stratégique de détention d'actifs. Les family offices doivent évaluer si les entités holding intermédiaires apportent véritablement une valeur ajoutée au-delà du report d'impôt, envisager la consolidation de structures pour réduire le nombre d'entités soumises aux tests d'entrée, et documenter la logique commerciale des arrangements transfrontaliers. L'ATAD III s'articule avec les dispositions anti-abus existantes au titre de la directive mère-filiale et de la directive intérêts et redevances, le test de l'objet principal (Principal Purpose Test) de l'OCDE selon les conventions modifiées par l'instrument multilatéral (MLI), et les clauses anti-abus nationales générales (GAAR), créant un cadre d'exigences de substance à plusieurs niveaux. Les conseillers recommandent de plus en plus que les familles conservent une documentation contemporaine attestant de la prise de décision stratégique, de l'analyse d'investissement et des activités de gestion quotidienne, les autorités fiscales des États membres — dont la FINMA en Suisse (observateur des normes UE pour les structures transfrontalières), l'AMF en France et la CSSF au Luxembourg — ayant signalé un contrôle renforcé de structures auparavant considérées comme routinières pour la préservation du patrimoine et la planification successorale.
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